Chapitre 2 — L’observation des Anges

Les hommes sont des hommes pour les hommes et les loups ne sont que des chiots

Alors on agonise en silence dans un cri sans écho

Et même si la technique avance, elle ne changera pas la déco

On a grandi avec le poids de nos démons sur le roc des coteaux

Gaël Faye - TV

Lorsque je m’intéresse à des Sujets, j’enquête par étape. A chaque étape, si mon intuition est confirmée, je passe à la suivante.


Après l’avoir déposé à son adresse, j’ai garé ma voiture et je suis rentré dans son immeuble. J’ai observé quel appartement était encore allumé ainsi que tous les noms inscrits sur les interphones. En revenant chez moi, j’ai comparé les noms à ce que je trouvais sur internet et j’ai retrouvé son identité : Arthur Gutain. J’ai alors sillonné toute sa vie en ligne. Grâce aux réseaux sociaux, j’ai eu accès à beaucoup de ses photos, aux noms de ses principaux amis, à son parcours scolaire, à son poste actuel. C’était quelqu’un qui filtrait ses informations sur internet, donc la tâche pouvait être compliquée mais un élément m’a bien aidé : sa petite amie, Anna Dubois, laissait toutes ses informations disponibles à qui voulait. De plus, si Arthur était prudent sur sa vie privée, il ne l’avait pas toujours été. J’ai pu retrouver des anciens forums et blogs sur lesquels il était activement intervenu étant plus jeune. Je l’ai aussi suivi pour voir son quotidien.


Je savais alors qu’Arthur avait 25 ans, qu’il venait de Bordeaux, qu’il habitait à Paris depuis son entrée à l’ESSEC, grande école de commerce parisienne, qu’il s’était tourné vers le secteur de la finance d’entreprise. Il travaillait actuellement chez MA Consulting, cabinet de conseil en fusion-acquisition parmi les plus actifs du secteur. J’estimais son salaire annuel à 67 000€ par an. Je savais qu’il avait grandi dans un milieu plutôt aisé, qu’il était passionné de football, qu’il en avait fait pendant de nombreuses années dans un club à Bordeaux. Sur le plan personnel, je savais qu’il sortait avec Anna Dubois depuis un an.

Pour l’instant, le profil collait parfaitement à ce que je recherchais.


J’ai décidé d’aller plus loin. Je suis retourné dans son immeuble et avec un logiciel de mot de passe j’ai pu me connecter à son Wi-Fi. J'ai eu accès au système de partage de connexion entre les ordinateurs et donc à son historique internet ainsi que sa boite email liée à son navigateur web. Les principaux sites que les gens de son âge utilisent, comme Facebook, Twitter, Youtube, sont, contrairement à ce qu’on pense, assez sécurisés. Dès qu’on a rentré deux mauvais mots de passe, le service se bloque. Cependant, de nombreux sites sont beaucoup moins vigilants. J’ai pu voir qu’Arthur allait beaucoup sur un site d’informations liées au football et qu’il avait un compte d’adhérent à ce site. J’ai pu demander à ce que son mot de passe soit envoyé à sa boite email, auquel j’avais déjà accès. Son mot de passe était « GIRondin91 ». Comme beaucoup de gens, Arthur utilise le même mot de passe partout. J’ai eu alors accès à tous ses principaux réseaux sociaux.


Je savais quelles étaient ses relations avec ses amis, sa famille, ses collègues de travail. J’ai pu découvrir que c’était Sophie Mouché, amie d’Arthur depuis le lycée, qui avait fait se rencontrer Arthur et sa copine : Anna et Sophie étaient toutes les deux étudiantes en architecture dans la même école. Arthur voyait principalement ses amis de Bordeaux comme Sophie mais aussi comme Antoine, meilleur ami et colocataire d’Arthur, qu’il avait rencontré au collège. Ce groupe d’amis était constitué d’une dizaine de personnes. Ils étaient très liés et organisaient souvent des week-ends chez Stéphane Boujant en Haute-Normandie. Cependant, Arthur continuait aussi à voir ses amis d’école de commerce comme Alexandre, Mathilde, et Florian. Arthur avait un frère, Maxime, de deux ans son cadet, qui faisait ses études à Toulouse. Les parents d’Arthur passaient une grande partie de leur temps à l’étranger à cause du métier de sa mère, ingénieure dans le secteur du pétrole. Son père, journaliste, suivait à chaque fois sa femme dans les pays où elle allait et trouvait sur place un travail dans un journal local ou national. J’avais par ailleurs accès à son compte en banque en ligne et je pouvais ainsi voir quelles étaient ses principales dépenses.

En analysant toutes les conversations qu’il avait par Facebook, email et WhatsApp, j’ai pu voir qu’Arthur se plaignait légèrement de son travail à cause du stress et des horaires. Qu’il voyait moins ses amis, mais qu’ils étaient très importants pour lui, qu’il était très amoureux de sa copine et que cette dernière avait des chances de partir un an à l’étranger dans le cadre de ses études. Je savais qu’Arthur n’osait pas lui dire qu’il voulait qu’elle reste là. J’ai pu fouiller et comprendre qu’Antoine, son colocataire, était un jeune kinésithérapeute qui travaillait en maison de retraite, qu’il faisait beaucoup la fête, et qu’Arthur et lui étaient parfois en froid à cause de leur rythme de vie différent mais qu’ils étaient pourtant toujours très bons amis. A partir de toutes les discussions qu’avait Arthur, j’ai eu la confirmation qu’il était un garçon flexible et attentionné. Un parfait Sujet.

A ce moment-là, je savais que j’allais présenter Arthur à la cérémonie des Dieux du 24 décembre. Cependant, il me fallait plus d’informations pour attiser leur curiosité.


Pour cela, il me fallait les clefs de chez lui. J’ai suivi son colocataire en boîte de nuit. Lorsqu’il a déposé ses affaires au vestiaire, j’ai noté son numéro pour récupérer son manteau avant lui. Je suis sorti de la soirée, j’ai rejoint une camionnette à l’arrière de laquelle attendait le serrurier de la Société des Anges. En moins de dix minutes nous avions un double. Je suis revenu dans la boîte de nuit, j’ai remis le manteau au vestiaire en prétendant m’être trompé de numéro et je suis parti. Le lundi d’après, alors qu’Arthur et son colocataire étaient chacun à leur travail, je suis rentré chez eux. J’ai pu alors installer un logiciel de suivi sur son ordinateur personnel et l’ordinateur de son colocataire, et mettre un micro dans toutes les pièces. J’en ai profité pour observer sa chambre. Une chambre en dit beaucoup sur son propriétaire. Sauf qu’à ce moment de mes recherches, je connaissais déjà bien Arthur. C’est donc sans surprise que j’ai vu une chambre rangée et propre, assez confortable. En plus de cela, j’ai envoyé une suggestion de mise à jour de système d’exploitation aux portables d’Arthur et de ses principales relations. J’avais accès, pour ceux qui avaient accepté la mise à jour, à leurs positions, à leurs micros, à leurs caméras.


Depuis chez moi, je pouvais suivre Arthur à la trace. J’ai transmis toutes ces informations à ma société qui les a compilées pour que les Dieux puissent avoir accès à son dossier avant la cérémonie.

Chapitre 3

Sommaire